L’émotion chez les touts petits   

Extrait de l’article de Catherine Lelièvre, au sujet de Catherine Gueguen, pédiatre formée à l’haptonomie et à la Communication Non Violente (CNV).

Vous dites aussi que les professionnels doivent comprendre que jusqu’à 3 ans un enfant ne peut pas gérer ses émotions et que ses comportements quels qu’ils soient ne peuvent être assimilés à des provocations ?
Entre la naissance et trois ans un enfant  ne peut pas gérer ses émotions. Ce pas qu’il ne veut pas ou ne sait pas. Il ne peut pas. Le tout-petit ne provoque pas l’adulte. Son cerveau émotionnel et archaïque domine pendant la petite enfance. Donc l’enfant est dominé par ses émotions. Quand il est triste, il est immensément triste, quand il a peur, ce sont d’immenses paniques, quand il est en colère, il est très en colère. Les professionnels doivent savoir que l’enfant, quand il est en proie à des tempêtes émotionnelles, ne le fait pas exprès. Il souffre. Si l’adulte ne le rassure pas, ne le console pas, ne l’apaise pas, le cerveau de l’enfant se stresse et secrète des molécules de stress toxiques pour le cerveau du tout-petit.

Comment consoler un enfant en pleine tourmente émotionnelle ?
Tout enfant qui pleure doit être écouté et entendu. Pour le consoler, il faut d’abord savoir nommer les émotions de l’enfant. Et  pour cela le professionnel doit être connecté avec ses propres émotions. Ensuite, l’apaiser ne veut pas dire céder, mais expliquer avec des phrases courtes et simples.
Cela demande énormément d’attention, de soins, de maternage.
Les professionnels de la petite enfance travaillent avec la période la plus compliquée pour l’adulte et pour l’enfant. C’est déstabilisant et difficile les trois premières années de la vie. C’est le cerveau émotionnel qui est en action. Le cerveau supérieur va venir ensuite le réguler. Et plus les professionnels maternent, plus le cortex préfrontal va maturer (vers 5/6 ans).

Que se passe- t il si on ne sait pas faire face aux émotions du tout petit ?
Quand on ne répond pas aux besoins émotionnels de l’enfant, cela génère du stress et des troubles du comportement (agitation, anxiété, déprime) et cela fabrique des adultes qui ne sauront jamais gérer leurs émotions.

Les neurosciences expliquent-elles vraiment tous les comportements des jeunes enfants ?
Elles en expliquent beaucoup. Par exemple pourquoi vers un an-18 mois certains mordent ou tapent ? Cela s’explique par la domination du cerveau archaïque, celui que nous avons en commun avec les reptiles et les poissons. Il est là pour notre survie. Quand les besoins fondamentaux d’un tout-petit  ne sont pas satisfaits, quand il ne se sent pas en sécurité, son cerveau archaïque va se mettre en action : et le bébé va taper, mordre, fuir ou attaquer.
Le punir, lui dire qu’il est méchant c’est de la maltraitance émotionnelle, je voudrais ne plus entendre « t’es méchant, t’es vilain, t’es pas gentil ! ». Toutes les paroles dévalorisantes, la critique, la honte, le rejet, l’isolation … c’est trop fréquent tant chez les professionnels comme chez les parents d’ailleurs.

Un bébé en mord un autre … Que faut–il faire alors ?
Certainement pas le punir ! Les punitions c’est terrible pour le cerveau des petits c’est le contraire de ce qu’il faut faire. Des études récentes montrent que cela abîme la partie du cerveau qui nous rend pleinement humain ! Il faut que les professionnels prennent conscience qu’il ne faut vraiment plus utiliser ces mots-là. Et cela s’apprend notamment par la Communication non violente (CNV). Un enfant mord, on ne le punit pas. On rappelle juste la règle : on ne mord pas. Punir ce serait montrer que seuls les rapports de force permettent de régler les conflits.